17.12.08

D'une ZEP à l'autre

Enquête réalisée par Madeleine Bourgois, Fanny Stolpner et Thomas Stélandre

Depuis la Palme d’or d’"Entre les murs", de Laurent Cantet, la question de l’enseignement dans les quartiers sensibles est au cœur du débat public. Comble de l’ironie, une semaine après sortait "La Belle personne" de Christophe Honoré, film dont l’action se situe dans un lycée "privilégié". Prioritaire, Privilégiée : état des lieux d’une zone d’éducation à l’autre.

Bande annonce d'"Entre les murs"

Bande annonce de "La belle personne"


Le sigle ZEP désigne les zones dans lesquelles sont situés les établissements confrontés à d’importantes difficultés sociales sur le territoire français. Définies depuis 1981, sur proposition d’Alain Savary, alors ministre de l’Education dans le gouvernement de Pierre Mauroy, les ZEP furent créées pour lutter contre l’échec scolaire, en dotant les écoles et les collèges concernés de moyens supplémentaires. L’augmentation du nombre d’enseignants, d’assistants, de surveillants, ainsi que la réduction des effectifs par classe, devaient permettre d’offrir de meilleures chances d’assimilation et de réussite aux élèves les moins favorisés. Si de telles zones ont pu ainsi être délimitées, et le sont encore aujourd’hui, il existe aussi, à l’inverse, des zones indéniablement « privilégiées ». Dans les beaux quartiers de la capitale, notamment le XVIe arrondissement, quelques établissements font figures de référence, à l’image de Janson de Sailly. De la zone prioritaire à la zone privilégiée, l’écart semble vertigineux.

Pourtant, le système français continue à prôner un « collège unique », un « collège pour tous », en accord avec un certain idéal républicain. Le ministère de l’Education nationale indique ainsi que « L’élévation de la proportion de bacheliers généraux parmi les enfants issus de milieux ‘‘défavorisés’’ » est l’un de ses objectifs, « visé par la politique de promotion de l’égalité des chances (loi du 31 mars 2006) et dont le suivi fait l’objet d’un indicateur LOLF : sa valeur est estimée à 18 % en 2006, avec une cible de 20 % en 2010 ». Si l’on en croit les enquêtes de l’INSEE, « La réduction des inégalités scolaires » n’est pas un leurre, mais un constat. Dans les faits, néanmoins, difficile de croire à une véritable « égalité des chances » ou, plutôt, à une égalité dans l’enseignement reçu par les élèves du secondaire.

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Un désir d'égalité qui a ses limites

Les dernières réformes menées en matière d’éducation et d’enseignement (sous les gouvernements Villepin et Fillon) insistent sur la volonté d’aplanir les disparités sociales, afin d’offrir les mêmes chances à chacun. Ce désir d’équité se manifeste par diverses mesures :

* La loi sur l’égalité des chances, entrée en vigueur en mars 2006, met en place plusieurs réformes sur l’emploi et l’éducation, notamment la création de classes préparatoires en ZEP.
* Le décret sur le socle commun de connaissances et de compétences, datant aussi de mars 2006, établit sept piliers de ce que « nul n’est censé ignorer en fin de scolarité obligatoire », dont la « maîtrise de la langue française ».
* Plus concrètement, le programme de français au collège vise l’acquisition de « repères communs », par la lecture de textes qui constituent « les piliers de la culture commune ». En classe de troisième, l’enseignant met l’accent sur les XXe et XXIe siècles. Se croisent Romain Gary, Tahar Ben Jelloun, Guillaume Apollinaire.

En dépit de ces efforts, les chiffres délivrés par le ministère de l’Education nationale ne nient pas l’évidence : les écarts de niveau entre les établissements expliquent en partie les différences de structure sociale. En français, la différence est encore plus flagrante.

A la fin de la troisième, on estime que 80% des élèves ont acquis les compétences de base en français : compréhension des textes, maîtrise des outils de la langue. En ZEP, le taux baisse sensiblement, et ne concerne plus que 70,5% des élèves, tandis qu’en mathématiques, il remonte à 81,2%. Une réalité à mettre en lien avec la réussite des collégiens selon le milieu socioprofessionnel dont ils sont issus (cf document ci-dessous). Sans grande surprise, les jeunes qui obtiennent les meilleurs résultats sont les enfants de cadres supérieurs et d’enseignants, et ceux qui échouent le plus sont les enfants de personnes sans activité professionnelle.

Les établissements étudiés plus précisément, le collège Pablo Neruda à Stains et Janson de Sailly à Paris, sont séparés d’un écart de plus de vingt points en taux de réussite au brevet des collèges 2007 : 67,6% pour Pablo Neruda, 88,1% pour Janson de Sailly.

Pour en savoir plus : Sites de l’académie de Créteil, de Paris, et du ministère de l’Education nationale.


Cliquez sur le tableau pour agrandir (Source: Ministère de l'Education)


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Deux voix, une même foi en littérature

Ils représentent deux générations d’enseignants : leur regard sur le métier diffère, ainsi que leurs expériences. Ils ont en commun de se fonder sur un enseignement des « classiques » de la littérature, car ce sont ces textes qui suscitent le plus l’intérêt des élèves, quels qu’ils soient. L’un comme l’autre insistent sur la nécessité de mettre en place une discipline rigoureuse, qui est le préambule à toute pédagogie.

Dominique Le Cam, 52 ans, a d’abord été professeur de français dans le Nord de la France. Ensuite, elle a passé 22 ans à Créteil, dans un collège de ZEP. Elle a fini par obtenir sa mutation à Paris intra-muros, qu’elle ambitionnait depuis le début. Désormais, elle enseigne donc au collège Janson de Sailly, dans le XVIe arrondissement. Marquée par sa longue expérience à Créteil, elle ne cache pas que l’environnement urbain et socioculturel de Janson de Sailly rend l’exercice du métier beaucoup plus agréable. Toutefois, souligne Dominique Le Cam, Janson de Sailly est un établissement public, qui ne sélectionne pas les élèves à l’entrée au collège, comme le font des collèges privés tels que Saint-Louis de Gonzague, aussi dans le XVIe arrondissement. Les profils et les parcours personnels des élèves sont donc encore assez éclectiques.

Interview de Dominique Le Cam


David Siozac a passé son Capes en 2006. Auparavant, il a été maître auxiliaire dans plusieurs établissements, et a enseigné un an en Nouvelle-Calédonie. Après son année de stage, il a été nommé au collège Pablo Neruda de Stains, en Seine Saint-Denis, dans l’académie de Créteil. Il a décidé de se mettre en disponibilité après un an à Stains pour, dit-il, « bien réfléchir, car je n’en pouvais plus des élèves. Mais ce n’est pas à eux que j’en veux ». Son regard sur l’enseignement dans les collèges est très rationnel et réaliste, mais il témoigne aussi d’une certaine rancœur vis-à-vis de l’émergence de ces « ghettos ».

Interview de David Siozac


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Qu’en disent les élèves ?

Il y a de l’ambiance, devant les grilles épaisses de Janson de Sailly, dans le XVIe arrondissement de Paris. Ça crie, court en tous sens. A 16h45, des classes de troisième et quatrième sortent, accompagnées d’un jeune surveillant, qui ouvre et ferme les portes derrière les élèves. Marie et Kumba sont en troisième. Elles livrent leurs sentiments sur leur établissement et sa très bonne réputation.

Micro-trottoir Janson de Sailly




Les élèves sont conscients d’étudier dans un environnement scolaire favorable, ce qu’ils considèrent comme une « chance ». Les cours de français ne les passionnent pas vraiment, mais ils reconnaissent un intérêt pour les livres étudiés. Certains ont l’opportunité de pousser plus loin la découverte des œuvres, comme Marie, que son père emmène régulièrement au théâtre. Mais que l’on ne s’y méprenne pas : peu d’élèves dévorent les livres de la bibliothèque de leurs parents ou discutent littérature chez eux. « Mes parents ne parlent pas français. Je suis la seule à lire en français à la maison » déclare Kumba.

« Ici ça galère ! » clame Nordin, les yeux rieurs, lorsqu’on lui demande quelle est l’ambiance dans son établissement, le collège Pablo Neruda de Stains (93). « Ça se bagarre, ça fout la merde. C’est difficile de ne pas être influencé » affirme Chanis, élève de troisième. Pourtant, le vendredi après-midi, il n’y a a priori pas grande différence avec la sortie des élèves de Janson : mêmes cris, mêmes courses-poursuites, curiosité et questions similaires : « Tu fais quoi Madame ? Ça va passer à la télé ? ». Pas besoin d’insister très longtemps pour s’entretenir avec les adolescents. Aïcha et Myriam définissent ainsi leur collège :

Micro-trottoir Pablo Neruda



Conscience aigue d’être dans un établissement «difficile », d
e ne pas avoir les mêmes chances que les « babtous, les p’tits bourgeois », tous soulignent le décalage entre ce qu’ils étudient au collège et ce qui se passe en dehors, dans « la vraie vie ». Rapport tendu avec les profs, difficultés à communiquer : le fossé semble grand entre le corps enseignant et les jeunes. Mélanie raconte : « Notre prof, c’est un universitaire. Il a pas l’habitude que les élèves fassent n’importe quoi ; il sait pas comment réagir, il arrive pas à se faire respecter. Du coup, c’est la récré en cours. On parle, on mange, on fait notre vie, comme s’il n’était pas là ». Chanis est intéressé par les cours de français, mais avoue ne pas se reconnaître dans les œuvres étudiées. « Le langage est bizarre. Un mélange de soutenu et de familier. Les histoires aussi. Ça nous aide pas quand on sort du collège ». Inès ajoute : « Le vocabulaire dans les livres est un peu dépassé. On voudrait plus un langage comme on parle nous, ça nous donnerait plus envie de lire ».

Pour en savoir plus :
Le site du collège Janson de Sailly : http://www.janson-de-sailly.fr/
Le site du collège Pablo Neruda : www.clubnature.fr




Collège/lycée Janson de Sailly (Paris)


Collège Pablo Neruda (Stains)



LA RATP à la recherche de la nouvelle star

Enquête réalisée par Raphaëlle Chargois, Emmanuel Haddad,

Emmanuelle Labeau, Clément Sakri.













Le point commun entre TF1, M6 et… la RATP (Régie Autonome des Transports Parisiens) ? Tous trois sont à la recherche de LA nouvelle star musicale. Le 13 décembre, après avoir suivi les castings de l’organisme gérant les transports en commun de la capitale, la chaîne de télévision W9, en partenariat avec RTL 2, programme une émission en direct, mettant en compétition dix musiciens du métro. A la clé, un mois de promo sur la filiale TNT de M6.


> La bande-annonce de l'émission de W9






Aussi, comme pour confirmer ce nouveau statut de découvreuse de talents de la « Régie », la 3«W International Corporation, une agence de publicité "va bientôt lancer un site Internet purement dédié aux musiciens du métro", en partenariat avec la RATP.




La nouvelle politique de promotion des artistes de la RATP, à l’heure de la crise de l’industrie du disque, de l’essoufflement des émissions de té
léréalité (Star Academy, A la recherche de la Nouvelle Star), est-elle véritablement un tremplin pour ces artistes. La RATP a-t-elle inaugurée un star system décomplexé et banalisé? Croise-t-on des avatars de Keziah Jones ou Alain Souchon, révélés dans le métro, le matin en se rendant au boulot ? Quel est le véritable quotidien de ces joueurs souterrains ?


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Retours d’ascenseur

Des affiches, à l’effigie chanteur Keziah Jones ont fleuri un peu partout dans les tunnels du métro en cette rentrée scolaire 2008. L’artiste nigérian, repéré par un directeur artistique en 1991, marche main dans la main avec le service public qui lui a offert sa première scène et ainsi un contact décisif pour sa carrière. Le but de cette campagne d’affiche ? Faire la promotion du site Destination Musique, créé par la RATP.


L’attrait principal de ce portail : participer à un concours pour gagner des places à un concert de l’artiste le 9 janvier, un événement parrainé par la RATP et le label Because Music. Egalement sur le site, des leçons de guitare de l’artiste et des renseignements sur la tournée du troubadour nigérian. Tout le monde profite de l’opération : le chanteur, qui y gagne en visibilité et la Régie, qui joue la carte "proximité" avec ses usagers.
Cependant, les premières traces du buzz audiovisuel "Keziah-RATP", datent de la rentrée scolaire : en témoigne cette apparition en public, au métro Miromesnil, le 1er septembre, pour jouer quelques titres de son nouvel album, dans le cadre de quelques "concerts sauvages", pour faire la promotion de son nouvel album Nigerian Wood.


Outre Keziah Jones, la RATP se targue d’avoir lancé des personnalités telles que Alain Souchon, Laâm, Manu Dibango, Jacques Higelin, Touré Kunda, Dany Brillant ou Ben Harper.
Dernier en date, le chanteur William Baldé, qui joue à l’instar de Keziah Jones, la carte "retour d’ascenseur" envers la RATP.

Derrière ces coups "médias", rien n’est planifié à l’avance entre l’Espace Métro Accord et ses artistes. Du moins, c’est ce qu’affirme Antoine Naso :
"Les artistes sont libres. Il n’y a pas de contrats. On n’est ni une maison de disque, ni une boîte de production. Les musiciens sont libres mêmes quand ils sont accrédités, qu’ils ont le label RATP, ils ont la liberté d’aller et de ne pas aller dans le métro. S’ils veulent arrêter et ne pas nous donner de nouvelles, ils peuvent. Mais c’est tout le contraire qui se passe !"

Les succès d’un Keziah Jones ou d’un William Baldé ne se démentent pas, et se révèlent positifs pour l’image de la RATP :
"Des retombées, on en a depuis le début. Et c’est grâce aux musiciens à leur niveau et à leur diversité. Si ces musiciens n’avaient pas cette qualité artistique, je pense qu’ils passeraient inaperçus."
L'afflux des musiciens a conduit la RATP à créer en 1997 une structure d'accueil, l’Espace Métro Accords. Les musiciens deviennent des figures emblématiques des rames parisiennes. Des personnalités telles que Marie-Reine Wallet remportent un franc succès, la démarche originale, attisent la curiosité de la presse française et étrangère, et accroissent la notoriété de la RATP, la renforçant dans son statut de "découvreuse de talents". Ce modèle de recrutement est copié à "Rotterdam, de Londres ou encore d'Osaka" dixit la Régie. Ces événements marquent le début d’opérations "musique" organisées dans les rames de métro.

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De l’interdiction jusqu’au petit écran…

La connivence entre artistes et la "Régie" n’a pas été de tout temps d’actualité. Tout commence par une interdiction. Un décret du 22 mars 1942 interdit à toute personne de "faire usage d’un instrument sonore" dans les transports en commun.
Toutefois, selon Anne-Marie Green, sociologue, auteur de l’ouvrage Musicien de métro [i], deux facteurs vont favoriser l’arrivée des musiciens dans le métro : "l’évolution de la technologie notamment l’automatisation des contrôles" et l’émergence de "la dimension qualitative" de ce moyen de transport. Dans les années 1970, apparaissent les premiers musiciens jouant dans le métro. Les sons et mélodies masquent le brouhaha des voyageurs pressés et animent cet espace de transit.
En 1985, face à l’augmentation de ces saltimbanques, la RATP tente de les recenser et de canaliser le mouvement en délivrant des autorisations à soixante-quinze d’entre eux. Les "non-accrédités sont verbalisés par la police des transports. Pour Anne-Marie Green, cette fermeté n’empêche pas pour autant la présence de musiciens dits "marginaux". La hausse de la pauvreté et la précarisation des classes populaires et moyennes encouragent ce phénomène. La RATP dénonce à l’époque "la forte présence de musiciens non accrédités responsables", selon elle, "de nuisances sonores et de l’insécurité, gênant ainsi la tranquillité des voyageurs."
En 26 ans, entre 1985 et 2008, le nombre de musiciens a presque été multiplié par 5. De quoi s’interroger sur l’utilité d’une telle personnalité au cœur des artères du "sous-Paris".



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Le musicien de métro : d’utilité publique ?

Pour Anne-Marie Green, Le musicien de métro (paru aux éditions L’Harmattan en 1998) est un amoureux de musique, en quête de liberté et d’indépendance. Pour autant, se produire dans cet espace public et urbain, nécessite une relation saine avec tous les acteurs du métro et en particulier les voyageurs. Selon Green, il s’agit d’une relation souvent positive obéissant à des exigences sociales et civiques à savoir le respect d’autrui, ce qui passe en partie par la production d’une musique de qualité.
Autre critère caractéristique : ces musiciens viennent d’horizons différents, comme en témoigne la répartition géographique de la dernière sélection d’ "accrédités" (voir encadré).

La diversité des genres musicaux caractérise également la pluralité culturelle de ces acteurs nomades. Leur motivation est non seulement de gagner rapidement de l’argent mais aussi de se produire face à un public qui ne les a pas choisis.

Parce que la RATP reste une entreprise de transports, le regard artistique semble se conformer aux nécessités sociales.
Le public est la cible "numéro un" des accords qui s’échappent des guitares, saxophones et autres compagnons de route des artistes acceptés par la RATP. Les critères de sélection de l’audition en attestent : "on demande aux agents (de la RATP) de se mettre dans la peau des voyageurs. On ne veut pas quelque chose de professionnel, à l’image des musiciens du métro et des voyageurs. De la musique agréable, de qualité, non-agressive : c’est d’abord ça qu’on regarde" explique Antoine Naso, directeur de l’Espace Métro Accords.

France 44%
Amérique du Sud 10%
Europe de l'Est 9%
Asie 7%
Amérique du Nord 7%
Afrique noire 7%
Afrique du Nord 5%
Grande-Bretagne 4%
Europe du Sud 3%
Océanie 3%
Europe du Nord 2%
© Ratp 2007
[i] GREEN Anne-Marie, Musicien de métro : approche des musiques vivantes urbaines, éd. L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 1998.


> L’Espace Métro Accords (EMA).

Cette structure d’accueil est responsable de l’organisation de castings, et distribue les accessits autorisant les musiciens à pouvoir se produire au sein des stations de métro à Paris. Antoine Naso directeur de l’EMA, explique les raisons de la création de cet organisme, du système d’accréditation, au service de trois catégories distinctes :
"Première cible, c’est bien sûr nos voyageurs. Pour amener de l’animation et de l’ambiance sur nos réseaux, sans que ces derniers deviennent la cible de musiciens "illicites". Deuxième cible : les musiciens eux-mêmes. Ils nous demandaient depuis des années un peu de considération, et un espace dédié où ils peuvent s’exprimer. Les couloirs de métro s’y prêtaient parfaitement et le système d’accréditation a clarifié les choses, démarquant "licites" et "illicites".
Et troisième cible bien sûr, la RATP, qui y trouve son compte grâce à l’autorégulation mise en place. Comme ça, on peut dire "vous pouvez jouer sur nos réseaux mais uniquement dans nos espaces de correspondance mais pas dans les trains : ça permet aux usagers de voyager tranquillement."

Deux fois par an, au début de l’automne et du printemps, l’EMA organise des auditions délivrant les fameux sésames, 350 en tout, valables six mois. La RATP endosse le rôle d’impresario rentrant dans une dynamique de production d'objets culturel et d'artistes.
Quid des critères de sélection ? "D’un point de vue artistique, la qualité du chant, la technique instrumentale, l’originalité. On essaie de mettre en place une certaine diversité dans les styles représentés : ça passe aussi bien par le brassage des genres musicaux que celui des nationalités et des cultures, le métro étant cosmopolite" indique Antoine Naso.

Le 13 décembre, après avoir suivi les auditions de l’Espace Métro Accords, la chaîne de télévision W9, en partenariat avec RTL 2, diffusera Station Music, un live mettant en compétition les dix musiciens de métro sélectionnés. A la clé, un mois de promo sur la filiale TNT de M6.
Dans le cadre de l’émission, le processus pour le casting a été sensiblement différent :
"On est parti de nos trois cent accrédités. Sur ces trois cents, l’Espace Métro Accords en a sélectionné quarante. Et sur les quarante, dix ont été sélectionnés par un jury plus professionnel cette fois-ci, issus de la chaîne, W9, M6, de la production, également moi-même qui faisait parti de ce jury" rapporte Antoine Naso.
Musicien de métro : panacée ou sacerdoce ?

Avec ses 1000 candidats par auditions, l’Espace Métro Accords semble susciter des ambitions. Comment expliquer l’attrait grandissant pour une activité a priori peu valorisée ?

Certes le contexte des couloirs bruyants et surpeuplés du métro n’est pas propice à la musique. Pourtant, chose incongrue, certains viennent ici pour le simple plaisir de jouer. « On s'en fout de faire des disques, d'être connu, de la radio. Ce qu'on veut, nous, c'est faire de la musique » s’avise Daniel, du groupe Los Alturenos.
Fantin Schmellz, l’un des quatre membres du groupe Phantoms of Graceland, qui reprend des standards d’Elvis Presley, avoue même que jouer face à ce public peu attentif l’a aidé à surmonter son trac. Une bonne école en somme. Reste que les passants pressés ne sont pas forcément généreux : "souvent les gens sortent trois ronds de leurs poche en décochant un sourire et continuent leur route" ajoute-t-il.
"En janvier février, on tourne plutôt autour de deux ou trois euros" renchérit Daniel, dont le groupe a développé un commerce souterrain. "Si on ne vend pas de disque, c’est difficile de s’en sortir. La RATP ne nous en donne pas le droit, mais elle laisse faire parce qu’elle sait que c’est notre gagne-pain."
L’aspect labyrinthique du métro peut dérouter, mais il procure sans conteste une certaine liberté. Carl Marcelin a transformé ses couloirs en studio de répétition : "le métro me permet de jouer des musiques qui me plaisent, des standards de jazz, et de me concentrer sur d’autres éléments de musicalité, des sons, des idées rythmiques, des patterns et des mélodies. Je l’utilise comme un moyen de gagner de l’argent, de répéter et pratiquer le saxophone."
Un luxe que tous ne peuvent pas s’offrir. Car si l’EMA met à disposition un espace, celui-ci n’est pas toujours suffisamment équipé. Détail insignifiant pour la musique acoustique, mais qui s’avère gênant dès qu’il s’agit de brancher des amplis.
"Nous, on fait plus de l’électrique, et il n’y a pas de prises dans le métro! En règle générale, plus le son est bon, plus tu as envie de jouer et plus tu donnes d’énergie", estime pour sa part Fantin Schmellz, qui regrette aussi l’absence de local pour ranger les instruments ou de salles de répétition.
Au-delà de leur pratique quotidienne, l’Espace Métro Accords propose aux artistes des projets à plus long terme. Des partenariats ont été conclus avec certains festivals de renom (Solidays, Art Rock), ainsi qu’une audition avec W9 et RTL2, pour promouvoir des artistes issus des rangs de la RATP.
Dans une moindre mesure, les membres de Phantoms of Graceland ont bénéficié du soutien personnel d’Antoine Naso, qui, séduit par leur prestation, les a dirigés vers d’autres scènes (conseil d’administration d’entreprises, hôpitaux, etc.). Cela reste un système à deux vitesses : Los Altureños ont bien eu des propositions éparses, mais aucune n’a abouti. Reste à savoir si tous sont attirés par "Star Ac du métro" . Carl Marcelin est sans équivoque : "moi je joue des choses que j’ai envie de faire. Je ne suis pas trop intéressé par les spectacles télé."


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Pour en savoir plus

Musiciens de métro, de la marginalité à la télé-réalité

- 1970 : Arrivée des musiciens des rues dans le métro.
- 1977 : La RATP organise une animation musicale sur le réseau avec France Inter : « Metro, Molto, Allegro »
- 1985 : Pour contrôler la présence des musiciens, la RATP tente de les recenser et délivre une autorisation à soixante-quinze d’entre eux.
- Janvier 1997 : Création de l’Espace Métro Accords (EMA) qui a pour mission d’auditionner les musiciens du métro et de leur délivrer un badge d’accréditation valable six mois.
- 2003 : Premier album des musiciens de métro. Il s’est vendu à 5 000 exemplaires.
- Septembre 2008 : Keziah Jones est de retour dans le métro pour un concert inédit à la station Miromesnil.
- 13 décembre 2008 : la chaîne de la TNT, W9, en partenariat avec la RATP et RTL 2, consacre une émission de télé-réalité aux musiciens du métro.













Découvrez !

> Fantin, leader des Phantoms of Graceland














La vidéo du casting


Budget de la culture 2009 : démocratisation ou libéralisme ?

Enquête réalisée par Adil Elamrati et Lily Andreux


Christine Albanel

Contre toute attente, Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, annonce un budget de la culture à la hausse cette année. Une augmentation de 2,6% qui élève le budget à 2,821 milliards d’euros et doit se répartir sur différents programmes : patrimoine, création et transmission des savoirs. Comment, en période de crise économique, peut-on envisager un budget de la culture à la hausse ? Et comment interpréter ces promesses à la vue du bilan de 2008 – promis à 3% et réalisé à 1%?


"Cette progression a été rendue possible, pour moitié, par la mobilisation par le gouvernement de ressources extra-budgétaires à hauteur de 35 M€ provenant de cessions d'immeubles réalisées par l'Etat", explique Aude Révillon d’Apreval, au cabinet de la ministre. Les raisons invoquées restent opaques, les chiffres avancés insuffisants par rapport à l’augmentation prévue.


Ce budget, ces rallonges et ces restrictions, doivent se lire dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP, cadre structurant de la réforme de l’Etat créé le 10 juillet 2007) qui propose une nouvelle organisation du ministère. La RGPP doit « prendre en compte […] l’impact économique et territorial du secteur culturel et la nécessaire maîtrise de la dépense publique » annonce le rapport. Le ministère semble s’étonner que la culture soit déficitaire et souhaiterait, au même titre que le secteur automobile ou les duvets en plume d’oie en faire un objet rentable. Pour cela il prévoit la réduction du nombre des administrations. Elles passeraient de dix à quatre ou cinq en opérant par rapprochement (ainsi en va-t-il de la réorganisation de la réunion des musées nationaux, la RMN) . Concrètement, ce regroupement en vue d’une rénovation sert aussi de prétexte au non remplacement d’un départ à la retraite sur deux prévu dans le cadre de la réforme de la fonction publique.


La RGPP, en souhaitant une « administration centrale resserrée [qui fixe] les orientations stratégiques aux services déconcentrés », opère un double mouvement de concentration et de décentralisation. Il s’agit tout d’abord de renforcer l’administration centrale en régions (rapprochements des directions régionales des affaires culturelles (DRAC) et des services départementaux de l’architecture et du patrimoine (SDAP)). Celle-ci, représentées par les DRAC dont les crédits augmentent cette année de 3,3%, signifie un renforcement des grandes institutions nationales. Mais cette augmentation des crédits des DRAC se fait au détriment de celle des collectivités territoriales, chargées, elles, de subventionner des projets et des institutions au niveau des régions, des départements et des villes (théâtres, festivals…). Florence Gastaud, chargée de la culture au conseil régional d’Ile-de-France, constate en effet que « d’année en année, le projet Etat région se dégrade. Nous devons opérer une sélection plus attentive aux projets que nous subventionnons […]. Nous n’avons pas toujours les moyens pour financer la rénovation d’un théâtre ou la réhabilitation d’un cinéma ». On perçoit les risques d’une telle sélection : qui bénéficiera des subventions entre un projet associatif et un projet de PME culturelle mis en concurrence ?


La ministre avance d’autres moyens sont trouvés pour justifier le désengagement budgétaire de l'Etat. Elle propose notamment de développer des partenariats public/privé et demande aux institutions publiques de développer le marchandising culturel : « dans un contexte de fortes contraintes sur les dépenses de l’Etat, le développement des établissements publics doit pouvoir s’appuyer sur un renforcement de leur ressources propres telles que le mécénat […], la location d’espaces et les activités événementielles ».


Ces liens publics/privés ont été particulièrement illustrés au forum d’Avignon, inauguré le 16 novembre, rassemblant les acteurs de la culture, de l’économie et des médias pour penser une culture nouvelle, facteur de croissance. Et c’est donc face à Vivendi, les représentants de Lagardère et de Google que Christine Albanel a vanté un « mécénat vertueux », symbole de ce passage vers un libéralisme de la culture et du nouveau visage que la ministre souhaite lui donner. Avec le financement par le secteur privé de la culture publique, la ministre compte trouver les moyens financiers nécessaires au développement culturel. La démocratisation annoncée sera-t-elle au rendez-vous ou au contraire la ségrégation culturelle sera-t-elle renforcée?


Pour en savoir plus...
Le discours de présentation du budget à l'assemblée nationale
Le débat parlementaire
Le rapport du Sénat


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La gronde syndicale : difficile organisation

La nouvelle politique, engagée dans le cadre de la révision générale des politiques publiques, prévoit des changements radicaux sans concertation avec les acteurs concernés. La situation crée des clivages dans les rangs syndicaux entre employeurs et salariés.


Un traitement particulier est réservé à certains secteurs de la culture, à l’image du spectacle vivant, de l’audiovisuel ou du cinéma, sans association aux autres (le livre, les arts plastiques, les archives…). L’opacité des décisions gouvernementales crée un climat relationnel morose, pimenté par deux événements. D’abord la nomination de Georges-François Hirsch, le président de la Fédération nationale des employeurs du spectacle vivant (public et privé), comme directeur du spectacle au ministère, en mai dernier. Puis, l’affectation de la MC93 à la Comédie Française annoncé par Libération le 30 septembre et contestée par les professionnels des deux structures.


« Le Grenelle de la culture » que les professionnels du spectacle vivant appelaient en décembre 2007, s’est réduit aux Entretiens de Valois qui concernent uniquement le spectacle vivant. Réunissant experts, représentants des syndicats professionnels, des compagnies, des collectivités territoriales et du ministère de la Culture, ces entretiens se soldent aujourd’hui par un échec : les organisations salariales comme la FNSAC-CGT ont quitté ces entretiens parce que la discussion était, selon leurs représentants, unilatérale ; Les syndicats des employeurs, eux, sont divisés sur point.


La ministre Christine Albanel « ne tient pas compte des propositions qu’on a formulées, donc nous sommes partis » le 17 juin 2008, précise Claude Bernard, président du Syndicat National des arts Vivants (SYNAVI) . Il juge que « ce budget est en trompe l’œil, et prépare des années 2010 et 2011 extrêmement difficiles. Le SYNAVI évalue la baisse du budget à venir, à 25% et ça risque d’être plus important encore, compte tenu de la situation de crise économique et financière dans laquelle nous sommes entrés ».

Les principaux syndicats cherchent aujourd’hui une nouvelle organisation de la gronde. La décentralisation leur fait craindre une soumission aux pouvoirs locaux et « l’instrumentalisation de leur travail ». « Comment faut-il développer de la concertation et de la circulation entre les politiques territoriales et y associer le plus grand nombre des acteurs de la culture et des arts vivants et à tous les échelons ? » s’interroge Claude Bernard. Le but est de « maintenir la pression et la tension » face au gouvernement conclu-t-il.

La difficulté première de l’organisation syndicale est l’émiettement et la division des avis. Certains continuent actuellement les Entretiens de Valois au moment où d’autres les ont quittés. Les négociations paritaires entre salariés et employeurs laissent voir, elles aussi, des divergences sur les assurances-chômage. «Il faut s’attendre au pire » pense Patricia Coler, coordinatrice de l’Union Fédérale d’Intervention des Structures Culturelles (UFISC).
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Le budget de la culture en dix chiffres

* 291, 48 milliards d’euros, c’est le budget global de l’Etat dans le projet de loi de finances 2009.
* 2, 821 milliards d’euros, c’est l’enveloppe globale du budget de la culture pour 2009 qui comprend une évolution de 2,6% par rapport au budget 2008. Il se répartit en trois programmes :

- 995,2 millions d’euros pour le programme Patrimoine,

- 762,2 millions d’euros pour le programme Création,

- 465 millions d’euros pour le programme Transmission des savoirs.

* 35 millions d’euros, ce sont les ressources extra-budgétaires issues des cessions d’immeubles de l’Etat dont bénéficie le budget de la culture ; elles iront au patrimoine et au spectacle vivant.
* 3,7%, c’est l’augmentation des ressources publiques dont bénéficie l’audiovisuel public auxquelles s’ajouteront 450 millions d’euros pour la compensation de la suppression de la publicité.
* 540 millions d’euros, c’est le soutien accordé à l’industrie cinématographique et à l’audiovisuel (soit une progression de 2,3%).
* 3,3%, c’est l’augmentation du crédit des directions régionales des affaires culturelles (DRAC) et des services départementaux de l’architecture et du patrimoine (SDAP).
* 6,7 millions d’euros, c’est la somme consacrée à la création de la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet (HADOPI).
* 415, c’est le nombre de postes au ministère de la culture qui ne sera pas reconduit sur les 830 départs en retraite prévus entre 2009 et 2011.

* 1%, c’est le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) prévu pour 2009.
* 52,1 milliards d’euros, c’est le montant du déficit que l’Etat a atteint cette année, il était à 49 milliards d’euros en 2007.

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La culture en danger

Beaucoup d’acteurs de la culture ne sont pas pris en compte dans ce budget. À l’unanimité, artistes, associations, collectifs, directeurs de théâtre, de festival dénoncent la baisse des subventions et le désengagement de l’Etat. L’enthousiasme de Christine Albanel, sur les Entretiens de Valois (du 11 février au 22 décembre 2008), dont le but était de « faire dialoguer ensemble les partenaires de la culture » (professionnels, syndicats, Etat et collectivité locales), n’est pas partagé.

Sur Internet, la pétition « Sauvons la culture » dénonce les « perspectives sombres des budgets », les emplois, les actions et structures menacées. Parmi les 14550 signataires, le collectif national de l’action culturelle et cinématographique participe à la dénonciation. Celui-ci, composé de 372 structures, s’est constitué l’année dernière autour d’un manifeste fondateur « cinéma et audiovisuel : vers le démantèlement de la culture ». Ensemble, ils dénoncent la baisse de 15% des crédits alloués par l’Etat et mettent en place des actions importantes au moment des événements cinématographiques et audiovisuels. La prochaine en date est la tenue d’Etats généraux de la cultureCentQuatre. (en réaction aux accords de Valois), le 8 et 9 janvier 2009 au

Les directeurs de théâtres publics et de festivals connaissent les mêmes menaces (cf. liste non exhaustive des baisses de crédits d’Etat) à l’instar de Patrick Sommier, directeur de la MC93, qui s’est récemment illustrée dans son affaire l’opposant à la Comédie Française. Malgré le soutien des professionnels du théâtre et de la troupe de la Comédie obtenus contre l’implantation du Français à Bobigny, le projet n’est pas abandonné. Cette affaire illustre d’une part l’ambition de l’Etat d’avoir une main mise sur la culture à travers ses institutions les plus prestigieuses, et d’autre part, ce que Patrick Sommier dénonce comme un « démantèlement du service public ». (voir encadré : interview de Patrick Sommier).

Baisse des subventions, abandon du service public, démocratisation de la culture en péril, pour ces artistes, professionnels et intermittents, faisant partie de collectifs ou d’associations, de théâtres ou de festivals, la culture est menacée.

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Loi HADOPI, pour ou contre ?

À l’heure de la suppression de la publicité sur les chaînes de télévision publiques, des menaces de poursuite des internautes pour leur utilisation du Peer to peer, la politique en matière d’Internet se fait de plus en plus répressive. Dans ce budget 2009 la révolution numérique est prise en compte pour tout les médias : télévision, radio, internet. Le plan de développement de l’économie numérique en détaille tous les principes et les applications à venir.

La loi « Création et Internet » adoptée le 30 octobre par le Sénat est au cœur du débat et consiste à développer des structures afin de lutter contre le piratage, accusé d’avoir provoqué une chute du chiffre d’affaire des industries du disque et du cinéma. Elle vise en outre le respect des principes de propriété intellectuelle et de droit d’auteur. Une Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (HADOPI) sera saisie pour le compte des ayant droits dont les oeuvres auront été piratées. Ses mesures consistent en une « riposte graduée » caractérisée par une phase préventive, à savoir deux avertissements, suivie de sanctions en cas de piratage persistant : suspension temporaire allant de 3 mois à un an de l’accès à Internet, interdiction de se réabonner pendant la même durée.

Le projet de loi rencontre des oppositions sur le Net. Quatre-vingt-six artistes invitent à signer une pétition commune sur le site Internet mon amour et pointent du doigt les risques et les limites d’une telle loi et l’obligation de la rejeter. Certes, les industries culturelles s’effondrent, mais Alexandre Grauer président fondateur des Qwartz Electronic Music Awards, et membre de la Quadrature du Net note que « 98% des artistes sont des indépendants et cette loi a été commanditée par les « majors », […] Ces artistes là méritent aussi de pouvoir vivre de leur métier, sachant qu’ils agissent en dehors du système des « majors » ».

Voir aussi...
Créatives commons

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Entretien avec Aude Révillon d’Apreval, chargée de la communication au cabinet de la ministre

« Le budget des Patrimoines (monuments historiques, archives, musées, archéologie, etc.) atteindra, en 2009, 995,2 M€ soit une progression de 2,2%. Celui de la création (spectacle vivant, arts plastiques, etc.) s’élèvera à 762,2 M€, soit un accroissement de 3,1%.

C'est la première fois depuis bien longtemps qu'un équilibre entre ces deux grandes missions, historiques et fondatrices du ministère de la Culture, est voulu et assumé au plus haut niveau de l'Etat. Le budget 2009 ne sacrifie pas le patrimoine au profit de la création ; il ne sacrifie pas non plus la création au profit du patrimoine. Ces deux enjeux sont portés au même niveau, avec la même force et avec des moyens supplémentaires.

Par ailleurs, le budget 2009 est un budget qui permet, nonobstant le gel de crédits, la fameuse "réserve de précaution" de 5%, que tous les ministères doivent prendre en compte, d'accroître les moyens en région (+3,3%) et ce, dans tous les secteurs. L'irrigation culturelle à travers le territoire et le partenariat avec les collectivités locales reposent en effet sur le maintien et le développement des moyens d'action en région.

L'environnement du ministère de la Culture et de la Communication est en pleine mutation. C’est dans ce contexte qu'un nouveau projet, un nouveau ministère de la Culture et de la Communication est en train de se construire. Un ministère plus dynamique, réactif, et efficace, fidèle à ses missions historiques et adapté à notre temps et à ses défis : ceux, notamment, du développement durable de nos territoires, où la culture joue désormais un rôle majeur, ceux du nouvel univers numérique, avec ses promesses et ses dangers. Un ministère qui porte aussi cette grande idée que la culture ne fait pas que coûter : elle rapporte et même énormément : en termes d'emplois, en termes de rayonnement, en termes d'attractivité de notre territoire. Et ce retour sur investissement ne se limite pas à la sphère des industries culturelles : elle concerne également la culture dite "non marchande" (théâtre, musée, patrimoine, etc.) dont les dépenses ont un effet multiplicateur sur toutes une série de paramètres économiques et sociaux. »

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Interview de Patrick Sommier, directeur de la MC93 de Bobigny

Il s’est récemment illustrée dans une lutte contre la Comédie Française. Celle-ci avait décidé de s’implanter dans les murs de la MC93 sans demander l’avis de son directeur. Après une vive polémique, le projet n’est pas abandonné et devrait prendre forme en 2012. Le directeur dénonce le désengagement de l’Etat envers le service public et la logique marchande d’une culture réduite à son économie.


L’analyse de la révision générale des politiques publiques (RGPP) laisse entendre que pour compenser les contraintes budgétaires, l'Etat est obligé de décentraliser.
Patrick Sommier : L’Etat tente surtout de faire assumer par les collectivités territoriales (communes, départements et régions) ce qui devrait être normalement du ressort de l’Etat.


Vous êtes le directeur d'un théâtre public : d’où tirez-vous vos subventions? Comment se répartissent-elles entre DRAC et collectivités territoriales?
La subvention de la MC93 est de 5.200 000 euros : 2 900 000 euros du conseil général de la Seine Saint Denis (56,5%) ; 1 850 000 euros de l’état (35,5%) 420 000 euros de la ville (8%).


Le budget de la culture 2009 annonce une augmentation des crédits en faveur des DRAC de 3,3%. Quelles sont les répercussions de cette augmentation sur un théâtre public comme le votre?
Il n’y a aucune réactualisation par rapport à 2008. L’inflation de 3% agit réellement sur les coûts et donc correspond à une diminution de 3% sur la subvention de 1 850 000 euros de l’état ce qui fait 55 500 euros, auxquels il faut ajouter un gel sur les subventions de –5% soient 92 500 euros en moins qui ne seront vraisemblablement pas remboursés. Donc au total pour 2009, on perd 140 000 euros.


Vous dénoncez l'abandon du ministère envers les théâtres publics. Vos subventions ont-elles diminué ? Si oui, comment les compensez-vous?
La subvention de l’Etat stagne depuis huit ans. En 2007 l’ordre de marche a été réactualisé de 28 000 euros en plus (soit en huit ans et en tout et pour tout une augmentation de 28 000 euros) mais en huit ans la montée des charges a, elle, augmenté de 500 000 euros. Différentiel : on perd 472 000 euros.


Quel est votre avis sur la RGPP et les accords de Valois?
Je pense qu’il n’y aura pas d’accord de Valois. La RGPP n’est pensée qu’en terme de désengagement de l’état au détriment du service public et des collectivités territoriales.

L'affaire MC93 et Comédie Française a illustré la volonté de l'Etat de renforcer les grandes institutions nationales au détriment des institutions locales : Quelle est la visée culturelle de ce type de projet?
Il n’y a aucune visée culturelle, seulement économique.


Enfin, quelle idée générale de la culture porte ce budget 2009?
Le budget 2009 comme ses prédécesseurs indique une volonté profonde d’abandon du réseau culturel public français.


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L’art vivant en attente !

Entretien avec le directeur technique adjoint de La Comédie de Caen, Laurent Creveuil.


Comment accueillez-vous les nouvelles mesures annoncées par le ministère de la Culture ?
Laurent Creveuil : Les salariés de la Comédie de Caen reçoivent cette politique de façon alarmante. On est directement et indirectement touchés par cette nouvelle politique.
La réduction de 25% du personnel n’est pas encore effective. Mais le projet du plan de restructuration doit être soumis bientôt à la commission des tutelles dont nous dépendons (les villes, le département, la région et l’Etat). En fait, c’est un problème qui est récurent chez nous depuis pas mal d’années. On dépend de deux villes. On souffre d’abord de problèmes d’ordre structurel, auxquels s’ajoute celui de la RGPP. Donc on est dans l’attente.


En matière de subventions, de qui dépendez-vous exactement ?
Nous dépendons des collectivités territoriales des villes de Caen et d’Hérouville. Mais, également de l’Etat, du département du Calvados puis de la région. C’est pour ça qu’on est dans l’attente d’un positionnement clair de la part du ministère. On est encore en négociation au niveau des Entretiens de Valois. Mais le discours des représentants du ministère ne nous laisse pas confiants. On est face à deux problèmes parce qu’on est aussi en négociations paritaires entre syndicats des employeurs et des salariés. Ce sont des négociations qui doivent aboutir sur une espèce de code du travail de la culture. Pour le moment rien n’est conclu.


A quoi vous attendez-vous concrètement ?
Il y aura de la casse, on le pressent.

L'art français, trublion du marché

Enquête réalisée par Alexis Munteanu









L'art français est à la quatrième place du podium mondial. Leader du marché de l'art jusqu'en 1950, la France ne fait plus face à la concurrence de Londres ou de New-York. Dans le contexte d'internationalisation des échanges, l'Hexagone doit s'adapter à la nouvelle économie, en changeant notamment son régime juridique et sa conception du marché.



Une situation internationale déprimante

Les principales places artistiques mondiales souffrent d'un essoufflement suite à la crise financière de l'automne. Au 15 novembre 2008, les prix mondiaux de l’art contemporain ont chuté de 36% par rapport à décembre 2007. La plupart des tableaux passent effectivement en dessous des estimations, sans parler des invendus, qui oscillent, selon les jours, entre un quart et la moitié. Même Sotheby’s, la célèbre maison de vente aux enchères internationale, annonce 36 millions d’euros de pertes pour le troisième trimestre de l'année 2008. Si les foires ont l'air de bien marcher (écouter Catherine Musnier, artiste-peintre) et bénéficiait de la confiance des galeristes (voir le lien), ce n'est maintenant plus le cas. Le retournement de situation a bien eu lieu malgré un bond de 50% en un an entre juin 2007 et juillet 2008. Dans ce contexte, la France enregistre de très mauvais résultats. Le marché de l’art français connaît une baisse record de 14,5% en 2008. Mais De plus, selon un rapport de l’European Fine Art Foundation, les chiffres des ventes publiques en France chutèrent de 21% entre 1998 et 2002 en valeur relative.

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Bref panorama du marché de l'art français actuel

Représentant 6% des ventes mondiales d’art contemporain, la France est loin derrière les autres pays. Le marché de l'art représente bien peu de choses dans l'Hexagone. Aux alentours des 15 millions d’euros de ventes du 1er juillet 2007 au 30 juin 2008, le marché de l'art français est bien en dessous des 269 millions d’euros de la Chine ou aux 348 millions des Etats-Unis. Ainsi, le marché de l'art français représente un peu moins d'une journée du volume d'affaires à la Bourse de Paris. Pour les artistes français, les ventes se font au rabais. Alors que Jeff Koons gagne 14.536.000 euros pour Balloon Flower (Magenta) en juin 2008 chez Christie’s et s’installe au Château de Versailles, les jeunes artistes français (tels que Fabrice Hybert, Richard Texier et Robert Combas) restent dans la cour en ne dépassant que difficilement les 30.000 euros. Marie-Blanche Carlier, codirectrice de la galerie Carlier Gebauer à Berlin, constate que « les artistes français ou résidant en France n’occupent pas une place prépondérante dans les grandes manifestations internationales. »

De haut en bas : "Le marché de l'art..." de Ben Vautier, " Ballon Carré "de Fabrice Hyber et "Comme des félins"de Robert Combas

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Une inadéquation avec le monde de l'art aujourd'hui

Si la France traverse une crise, c'est aussi parce que son marché de l'art est en inadéquation d'un point de vue économique et juridique avec les autres acteurs du marché. Face à cette situation, les gouvernements français successifs ont cherché des solutions pour rééquilibrer le marché de l’art. Le secteur est un fort enjeu économique que l’Etat compte sauvegarder. C’est ainsi que le 10 juillet 2000, une réforme sur le statut des commissaires-priseurs a permis à la France de générer 8,6% du chiffre d’affaire mondial sur le marché de l’art. 44% des lots d’artistes contemporains mis en vente ne trouvèrent pas preneur en 2000 alors que sur l´ensemble du marché le taux d´invendus n´est que de 37,4%. La même année, la création d’une autorité de régulation, le Conseil de ventes volontaires de meubles aux enchères publiques, n’a pas suffi pour maîtriser les flux du marché de l’art français. Aujourd’hui, le dernier rapport en date, celui de Martin Bethenod, le directeur de la Fiac, tente de répondre aux questions. Présenté sous l’appellation de « Plan de rénovation pour le marché de l’art » le 2 avril 2008 par le Ministère de la Culture, le rapport propose de dynamiser le marché de l’art par une réflexion sur les collectionneurs en France et par une amélioration de la compétitivité de l’art et de ses acteurs.


13.12.08

Les Figures : un jeu de la folie

Robert Alexis ? Un pseudonyme pour un écrivain dont on ne connaît presque rien. Les seuls éléments qui lèvent un voile sur sa personnalité sont ses livres. Parmi les quatre livres publiés jusqu’à présent chez l’éditeur José Corti, deux se font écho dans leurs thématiques. Son premier livre, La Robe, et son dernier, Les Figures, sorti pour la rentrée littéraire de 2008, parlent tous deux de folie, sexe, fascination et perversité.

Les Figures est une œuvre qui traite de sujets à la fois difficiles et racoleurs : viol, sadomasochisme, cannibalisme et crime. Autant de vices qui rendent la lecture brutale, excitante. Et qui menacent le lecteur, saisi d’un malaise.
Ce sentiment désagréable et troublant signe pourtant la réussite du livre. Conscient de la dimension pornographique des thèmes abordés dans Les Figures, Robert Alexis prend en charge ses propos avec aplomb. La force de cet écrivain est d’utiliser la perversité, non comme prétexte spécieux pour parler de sexe, mais comme source structurante du roman. Le vice infecte chaque recoin du livre : les mots, l’ambiance, le rythme, la construction du récit. Alexis se délecte à jouer avec les nerfs et la patience d’un lecteur soumis à une littérature cruelle et manipulatrice. Une littérature du mal, qui cherche à bousculer son lecteur.

De cette façon, aucun effroi ne se dégage de l’écriture distanciée, parfois ironique et souvent hautaine de l’écrivain. Pas même quand elle se met dans la peau de l’héroïne, jeune bourgeoise du XVIIIe siècle qui, dans un souci de quête identitaire, lit les mémoires de son oncle trente ans après leur publication. Dans ce « je » précaire d’une femme qui s’initie aux méandres du vice, on s’attend à une révolte, une peur. Il n’en est rien. Le lecteur ressent, tout au plus, du dégoût, mais un dégoût toujours lié à de la fascination. En témoigne cette phrase : « Je goûtais à la viande froide des mamelles dévorées, mâchées longuement, englouties avec des bruits de gosier ».

Les Figures, c’est en fait le récit d’une fascination qui se répète au fil d’histoires qui elles-mêmes se répètent. C’est une perpétuelle mise en abîme du temps qui révèle progressivement le secret du livre, en fonctionnant par ellipses et par retours en arrière. Ces procédés, qui brouillent les indices et les repères spatio-temporels, permettent de créer un suspens digne d’un bon polar. Si ce roman historique du XVIIIe siècle recourt systématiquement à une temporalité déstructurée, c’est pour témoigner de la puissance évocatrice du passé. Alexis cherche à suggérer les liens étroits qui unissent le mystère au passé en montrant qu’il n’y pas plus angoissant et plus révélateur que ce temps révolu. C’est ainsi que l’héroïne apprend, dans un contexte psychiatrique malsain, à apprivoiser son attirance pulsionnelle pour le mal et à mieux se construire sur les traces du passé équivoque de son oncle.

Les Figures est un livre qui plaît autant qu’il déplaît. Il est comme ce personnage répugnant mais terriblement fascinant qu’est Tiercelin. C’est le rejet et le plaisir qui animent le lecteur. C’est une gène aussi. Celle de prendre conscience qu’en chacun de nous existe, comme le souligne Robert Alexis, « une curiosité de l’abject ».

Cécile Strouk